Bier

À bas le sans alcool ? Vive la bière !

Un regard iconoclaste sur l’avenir de la bière

Le début de l’année est traditionnellement la période des présentations de tendances, le moment où se dessinent les contours de la nouvelle année. De plus en plus d’experts et de journalistes spécialisés considèrent la croissance de la bière sans alcool comme LA tendance majeure pour 2026 et les années suivantes.

Petit florilège. Charles Nouwen le résume avec justesse : « No-alcohol is a category, not a substitute. » L’éminence grise Geert Van Lierde évoque une « croissance explosive des bières spéciales sans alcool et à faible teneur en alcool », rendue possible par les avancées technologiques et les nouvelles levures et procédés de brassage. Notre propre rédactrice Stefania Manfredi est tout aussi convaincue : « Le NOLO a le vent en poupe » — la bière sans alcool bénéficie d’un véritable engouement. Il est temps de prendre un peu de recul.

Les chiffres

À première vue, ces vigies semblent avoir raison. Le segment sans alcool progresse fortement. Une enquête menée par l’asbl Belgian Brewers montre que 40 % des brasseries ont déjà ajouté une bière sans alcool ou à faible teneur en alcool à leur gamme. Chez Delhaize, les ventes ont augmenté de 40 %, avec 6 millions d’unités vendues en 2024. Carrefour Belgique a enregistré une hausse de 15,9 % en 2025.

Et pourtant, cela reste un phénomène périphérique. En 2024, la bière sans alcool représentait 5,6 % de la valeur totale des ventes de bière dans la grande distribution belge. La Flandre, plus « sage », affiche déjà 6,4 % de part de marché, contre 4,5 % en Wallonie. Au total, ce segment pesait plus de 56 millions d’euros en 2024 (contre environ 1 milliard pour l’ensemble des bières). Selon les prévisions de NielsenIQ, cette valeur pourrait encore croître de 50 % en quatre ans.

L’insoutenable légèreté du sans alcool

Reste la question : la bière sans alcool est-elle vraiment l’avenir de la bière belge ?

Elle présente des avantages évidents. Elle touche des publics qui ne consomment pas d’alcool et ouvre de nouveaux moments de consommation. Lorsqu’il faut encore conduire ou travailler, elle constitue une alternative correcte. Pendant la grossesse aussi, il est agréable de pouvoir savourer une bière. Ou pour celles et ceux qui sont particulièrement sensibles aux risques de dépendance. Et oui, la qualité a fait d’énormes progrès. Les nouvelles techniques et les nouvelles levures permettent aujourd’hui d’obtenir des bières sans alcool souvent surprenantes et agréables.

Mais l’avenir de la bière belge ? Nous en doutons.

Pourquoi buvons-nous de la bière ? Pour étancher la soif, bien sûr. Pour le goût de la bière belge, sans aucun doute. Mais soyons honnêtes : aussi pour cette légère ivresse qu’apporte l’alcool. La petite euphorie du café. Rien de spectaculaire, mais profondément humain. Quelques verres qui favorisent la douceur, l’ironie, la compréhension des faiblesses de la vie. Non pas pour fuir, mais pour ressentir l’instant plus intensément : les conversations deviennent plus sincères, le monde un peu plus doux. Cette dimension-là, le sans alcool ne peut malheureusement pas l’offrir. Nous restons les deux pieds sur terre, sans jamais nous élever au-dessus de l’insoutenable légèreté de l’existence.

Romantisme de comptoir ? Peut-être. Mais regardons aussi la réalité économique. Combien de verres de bière sans alcool buvez-vous lors d’une soirée ? La bière reste un produit à marge relativement limitée par unité. En d’autres termes : elle doit se vendre en volume. Ce volume sera-t-il au rendez-vous avec le sans alcool ? Nous n’en sommes pas convaincus.

En revanche, nous croyons aux bières de 2,5 à 3,0 % ABV : les fameuses session beers, populaires depuis des décennies outre-Manche. Pensons aux milds, bitters et ESB autour de 3,0 %, que les Britanniques dégustent pinte après pinte. En Belgique aussi, ce type de bière fait son apparition, avec Petit Bulba de Brasserie de la Senne, Petit Delvaux de Brouwerij De Kroon ou encore Primus 2.6 de Haacht. Elles offrent le meilleur des deux mondes. Le segment est peut-être plus complexe à positionner, mais des solutions existent.

PS : Pour être clair, une bonne tripel, quadrupel ou RIS de temps à autre reste tout simplement céleste.

Duvel
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Gulden Draak
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