3 brasseries qui ont fait son histoire
Cette semaine, Birrificio Italiano a fêté ses 30 ans, entouré de toute la grande famille de la bière italienne dans la ville qui l’a vu naître, Lurago Marinone, près de Como. L’événement avait des allures de célébration bien plus large : comme si l’on fêtait, en réalité, les 30 ans de toute une scène brassicole.
Car 1996 est souvent considérée comme l’année de naissance du mouvement craft en Italie. À cette période, une poignée de brasseries artisanales émergent presque simultanément, portées par une vision forte et une envie de bousculer les codes. Ces pionnières existent encore aujourd’hui et ont, chacune à leur manière, écrit l’histoire de la bière italienne moderne.
Birrificio Italiano
En 1996, Agostino Arioli et son frère Stefano ouvrent un brewpub en Lombardie. Leur ambition est claire : maîtriser toute l’expérience de dégustation, du brassage jusqu’au service.
Très vite, ils imposent des standards encore rares à l’époque : service en deux temps, verrerie adaptée à chaque style, gestion précise de la température, bières non pasteurisées et non filtrées. Une approche quasi obsessionnelle, qui pose les bases de ce que deviendra la culture craft italienne.
Mais leur plus grande contribution reste sans doute la Tipopils. À partir d’une base de pilsner classique, Arioli y ajoute un twist audacieux pour l’époque : un dry hopping assumé. Une hérésie dans les années 90 devenue depuis une référence pour nombreux brasseurs.
La bière connaîtra un succès retentissant, au point d’inspirer ce que beaucoup considèrent aujourd’hui comme un style à part entière : l’Italian Pilsner, désormais brassée et admirée bien au-delà des frontières italiennes.

Birrificio Baladin
À la même période, dans la région viticole des Langhe, Teo Musso lance Baladin avec une idée presque à contre-courant : faire exister la bière dans une terre de vin… et surtout, l’amener à table.
Fils d’agriculteur et passionné, il comprend très tôt que le produit ne suffit pas. Il faut aussi travailler l’image. Baladin se distingue alors par un positionnement inédit : bouteilles de 75 cl, design élégant et codes empruntés à l’univers du vin.
Une stratégie visionnaire qui permettra à la bière de s’inviter dans les restaurants et les caves à vin, avec une approche avangardiste pour l’époque, le mariage avec la gastronomie italienne au delà de l’éternel duo pizza-bière.
Birrificio Lambrate
À Milan, Birrificio Lambrate adopte une approche différente, plus brute, plus “punk”. Ici, pas de discours élitiste : la brasserie construit avant tout une communauté.
Le brewpub devient un lieu de vie, de rencontre et se veut un repaire pour passionnés. Cette proximité avec le public devient un véritable levier de développement.
Côté bière, Lambrate se distingue aussi par ses choix aromatiques affirmés, notamment avec la Ghisa, une bière qui participe à populariser l’usage du malt fumé dans la scène italienne. Ce sera la première bière italienne de ce style.
Une reconnaissance tardive mais réelle
Avec une tradition plus récente que ses voisines européennes, l’Italie s’est pourtant imposée en quelques décennies comme une nation brassicole à part entière. La créativité de ses brasseurs et la qualité de ses productions sont aujourd’hui reconnues dans le monde entier.
Le pays compte désormais plus de 1000 brasseries artisanales, majoritairement concentrées dans le nord, mais avec une dynamique bien présente dans le sud et sur les îles.
Un cadre légal unique en Europe
L’Italie est également l’un des rares pays européens à avoir défini légalement la notion de “bière artisanale” (loi de 2016).
Pour être considérée comme telle, une bière doit être produite par une brasserie :
- indépendante
- produisant moins de 200 000 hectolitres par an
- non pasteurisée
- non microfiltrée
Un cadre qui vise à protéger l’identité du mouvement craft, tout en laissant une grande liberté créative aux brasseurs.
Une révolution encore en marche
Trente ans après ses débuts, la bière craft italienne continue d’évoluer et s’impose aujourd’hui comme l’une des scènes les plus dynamiques d’Europe. Ces 30 premières années ont été racontées magnifiquement par la brillante Alessandra Agrestini dans “Di cotte e di crude. 30 anni di birra artigianale italiana” (Maggioli Editore) alors si vous voulez vous mettre à l’italien, vous savez par quoi commencer.