Brasserie de Saint-Monon : 30 ans de constance, d’authenticité et de passion brassicole
À l’heure où le secteur brassicole artisanal traverse une période de ralentissement, marquée par une concurrence accrue, une saturation du marché et une certaine lassitude du consommateur face à l’abondance de nouveautés, certaines brasseries rappellent qu’il existe une autre voie. Une voie faite de constance, de qualité et d’ancrage local. La Brasserie de Saint-Monon en est l’illustration parfaite. Elle fête cette année ses 30 ans d’existence.
Il y a trois décennies, le paysage brassicole de la province de Luxembourg était radicalement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Au milieu des années 1990, on y comptait à peine sept ou huit brasseries. C’était déjà une amélioration par rapport aux années 1980, période durant laquelle il n’en subsistait plus que trois. Le renouveau brassicole belge n’en était alors qu’à ses balbutiements.
C’est dans ce contexte que Pierre Jacob, jeune diplômé ingénieur industriel en agro-alimentaire à Huy, se lance dans l’aventure. Il fait partie de cette première génération de brasseurs artisans qui ont redonné vie à la bière de caractère en Wallonie, aux côtés notamment de Grégory Verhelst (Brasserie de Rulles), Dany Prignon (Fantôme) ou encore Eddy Pourtois (Sainte-Hélène, aujourd’hui disparue).
Une vocation née d’un brassin
L’étincelle jaillit lors d’un cours pratique à Huy, lorsqu’il faut réaliser un brassin. Pierre Jacob y trouve immédiatement son fil conducteur. Le métier de brasseur s’impose comme une évidence, en parfaite adéquation avec son esprit indépendant et son besoin d’autonomie. Il commence à brasser à la ferme familiale, à Ambly, village de la commune de Nassogne… et il n’en est jamais vraiment parti. La ferme est aujourd’hui entièrement devenue brasserie.
« En 1996, j’ai brassé mes premières bières à Ambly. À l’époque, je ne savais pas où cette aventure me mènerait. Je savais juste une chose : je voulais créer une bière ancrée dans son terroir, brassée avec respect et passion. »
Le nom de la brasserie et des bières s’impose naturellement : Saint-Monon, saint patron du village, protecteur des fermiers, des animaux de la ferme et des récoltes. Un choix symbolique pour ce fils et frère d’agriculteur, profondément attaché à la terre et à ses racines.
Le miel comme signature
Bien avant la création officielle de la brasserie, Pierre Jacob expérimente déjà le brassage à domicile, à coups de casseroles. Il le fait notamment avec son ancien instituteur, apiculteur amateur. Ensemble, ils testent des brassins aromatisés avec des herbes condimentaires : thym, absinthe… Des essais qui marquent son parcours, même si, avec le temps, le naturel reprend ses droits.
Aujourd’hui, la Saint-Monon au miel représente à elle seule près de la moitié de la production de la brasserie. Un chiffre qui témoigne de l’attachement du public à cette bière devenue emblématique. Pierre Jacob s’approvisionne auprès de la miellerie de Rochefort et utilise entre 400 et 500 kg de miel par an.
Une gamme stable, reflet d’une vision
Contrairement à une tendance actuelle qui pousse à multiplier les éditions éphémères et les recettes expérimentales, la Brasserie de Saint-Monon a fait le choix de la stabilité. Une ligne de brassage claire, cohérente, presque immuable. Et c’est précisément ce qui fait sa force.
La Saint-Monon ambrée, première bière brassée en 1996, est toujours au catalogue, aux côtés de la blonde et de la brune. La Saint-Monon au miel, la Triple – véritable reine de la brasserie – complètent la gamme, à laquelle s’ajoutent une Saint-Monon Spéciale Fêtes, une Mix Hop en dry hopping reposant sur cinq houblons, ainsi que quelques brassins à façon.
Durer dans un monde qui change
Trente ans après ses débuts, la Brasserie de Saint-Monon incarne une forme de résistance tranquille. Celle de brasseries pionnières qui, sans céder aux effets de mode, ont su traverser les cycles, les engouements et aujourd’hui les difficultés du secteur. Elles prouvent qu’en produisant des bières constantes, de qualité, sincères et profondément authentiques, il est possible de durer.
Dans un paysage brassicole en quête de repères, Saint-Monon rappelle que la longévité n’est pas un hasard, mais le fruit d’un engagement quotidien, fidèle à une vision claire et à un terroir assumé.