Aujourd’hui j’ai envie de me prêter au jeu de la boule de cristal pour essayer d’imaginer ce que l’année qui vient de débuter nous apportera en termes de nouvelles tendances brassicoles.
L’année qui vient de se clôturer a été assez morose pour le secteur marqué par l’inflation, la hausse des coûts de production et un changement profond des comportements de consommation. Le marché entre clairement dans une phase de maturité, voire de tension.
« Moins mais mieux«
Tout d’abord une question, est-ce que les difficultés ressenties par les brasseries ces dernières années vont continuer ? Le Covid et les développements liés à la politique internationale de ces dernières années ont impacté négativement le marché brassicole avec un nombre de fermetures en progression. En Belgique on recensait 430 brasseries en 2022, 417 en 2023 et 411 en 20241. Même chose pour nos voisins français qui eux ont tenu jusqu’en 2023 avant de commencer à enregistrer un nombre plus élevé de fermetures que d’ouvertures2. Mais est-ce que tout ça est forcément une mauvaise chose ? J’aime espérer que les nombre de brasseries qui ferment sont surtout des projets immatures, qui se lancent par pure passion ignorant souvent que celle-ci ne suffit pas toujours quand il s’agit de vendre sa bière.
Les brasseries familiales aussi souffrent, il est certain, mais cela a peut-être plus à voir avec une tendance qui n’en est plus une, qui se traduit surtout par un changement des comportements de consommation. La gen Z qui débarque et qui arrête de boire, les millenials qui se mettent au footing et à aux clean routines , il est sûr, la consommation n’est plus ce qu’elle était il y a 10 ans. L’heure est aux « beers with benefit » aux « gut health », au sans alcool et aux « moins mais mieux ». La bière et les boissons en général, deviennent des alliés pour améliorer son hygiène de vie, viennent nous supplanter en principes actifs, en protéines ou autres probiotiques. Et quand la boisson quitte son habit fonctionnel, alors on la veut qualitative, digne d’être choisie pour être la seule qui sera bue de toute la semaine, celle qui fait plaisir, vraiment.
Dans ce sillon, on retrouvera en 2026 une tendance qui a déjà bien débuté au Etats Unis, une retour au classique avec une montée en flèche des bières plus « simples » plus « lisibles », des bonnes lagers bien exécutées et faciles à boire. Après une décennie d’engouement pour les extrêmes (IPA ultra-houblonnées, stouts très sucrés..), la tendance s’inverse vers des breuvages plus classiques et équilibrés. Les consommateurs recherchent à nouveau des bières « au goût de bière », propres et rafraîchissantes, et sont prêts à payer plus cher pour une lager parfaitement exécutée. La projection de croissance des lagers dans les bars est évaluée en 2026 à +35 % aux US3.
On remarque aussi un assagissement des IPA avec un retour à des bières moins exubérantes en arômes et en amertume, moins opalescentes et surtout plus « sobres ».
Le NOLO a le vent en poupe
Plus vraiment une tendance, l’ascension des bières sans alcool continue grâce aux progrès technologiques qui la rendent possible à moindre coût aux brasseries de toute taille. Levures spécifiques, machines à taille « craft », les brasseurs belges ont compris que s’ils ne veulent pas perdre des parts de marché il était indispensable de se mettre au sans alcool. Lors du dernier Belgian Beer Weekend une quarantaine de références étaient présentes sur les stands, sur les cents estimées et brassées en Belgique. Une nette augmentation par rapport à 2024.
La vrai nouveauté là-dedans est que de plus en plus de brasseries élargissent leur gamme en faisant place au « low alcool », des bières entre 1,5 % et 3,5% pour satisfaire de plus en plus de consommateurs. Un retour en grâce des « bières de table » héritage brassicole belge que les brasseries semblent redécouvrir.
La fin de la bulle geek ?
En 2026 on arrive, je pense, à un essoufflement du « beer geek ». Dans un contexte où la courbe des ouvertures de brasseries commence à se stabiliser voire à descendre, où les consommateurs veulent du lisible et du sobre, du moins mais mieux, les brasseries, surtout les nouvelles arrivées sur le marché, auront tout intérêt à proposer des gammes restreintes (sans rallonges inutiles), soigner particulièrement leur exécution et la stabilité dans les recettes, proposer des styles qualitativement impeccables pour sortir de la bulle beer geek qui par définition ne représente pas une clientèle fidèle et qui au contraire se laisse porter au gré des découvertes.
Enfin, améliorer sa présence en ligne, créer une communauté de passionnés autour de sa marque et appuyer son encrage local, sont des choses auxquelles il faudra particulièrement prêter attention en 2026 pour les nouveaux entrants.
Quid de 2026 ?
Tout porte à croire que 2026 sera une année de clarification. Le marché se tend et les consommateurs arbitrent. Les brasseries qui tireront leur épingle du jeu seront celles qui prêterons une attention encore plus particulière à la qualité de leur production et qui accepterons de s’aventurer sur des terrains nouveaux, en faisant confiance à leurs consommateurs.