Hainaut brassicole : la bière hennuyère ne capitule pas

Deux nouvelles, une semaine d’intervalle, une seule province. D’abord la renaissance de la brasserie Brunehaut, reprise par le groupe flamand Belgian Organic Beers après une année de faillite. Puis, ce lundi 14 avril, l’aveu de faillite de la brasserie du Val de Sambre à Thuin — « un petit choc dans le monde brassicole carolo », note Télésambre. Le Hainaut encaisse, le Hainaut rebondit. C’est peut-être ça, la belgitude brassicole : tomber avec style, se relever avec caractère.

Thuin : une belle aventure, une leçon amère

L’histoire méritait mieux. En 2015, un investisseur espagnol mise gros sur l’héritage millénaire de l’abbaye d’Aulne — les moines y brassaient déjà au Moyen Âge — et injecte neuf millions d’euros dans une installation ultramoderne à Thuin. Objectif de production : 20.000 hectolitres. Inauguration en 2019. L’ambition est au rendez-vous. Le marché, beaucoup moins.

Le Covid sabote le démarrage, l’envol des matières premières alourdit les coûts, un importateur chinois claque la porte. La brasserie exporte pourtant trois quarts de sa production, mais ne parvient jamais à dépasser 5.000 hectolitres là où l’équilibre en réclamait 15.000. « Nous avons toujours manqué de volumes », résume sobrement Frédéric Colinet, directeur opérationnel. Des choix financiers « pas toujours très judicieux » selon Télésambre font le reste. La douzaine d’employés de la maison en fait aujourd’hui les frais.

L’ADA n’est pas morte — elle attend le bon repreneur

C’est ici que le récit bascule vers l’espoir. Car contrairement au bâtiment et aux terrains qui passeront entre les mains du curateur, les marques de la maison — l’ADA en tête, ainsi que la Blanche de Charleroi — sont logées dans une entité juridique distincte et survivent à la faillite. « Cette marque qui existe depuis les années ’50 n’est pas condamnée », insiste Frédéric Colinet. On veut le croire, et on a de bonnes raisons de le faire.

Chaque année, des milliers de cyclistes et de promeneurs font halte sur le site de l’abbaye d’Aulne, attirés par la beauté romantique des ruines et par la quiétude de la vallée de la Sambre. Beaucoup concluent leur escapade par une ADA bien méritée, comme un rituel laïque hérité des moines brasseurs du Moyen Âge. Cette clientèle fidèle, attachée au lieu autant qu’à la bière, est en elle-même un argument commercial solide pour tout repreneur avisé. La demande existe, l’histoire est là, le cadre est unique. Il ne manque qu’un brasseur visionnaire pour remettre la recette en route — et on parie volontiers qu’il se manifestera.

Brunehaut : la renaissance a un nom, un brasseur et une vision

Une semaine plus tôt, c’est une tout autre ambiance qui régnait dans la presse brassicole hennuyère. La brasserie Brunehaut, un an après sa mise en faillite, annonçait sa reprise par Belgian Organic Beers, propriétaire de la brasserie Van Bulck. « Il ne s’agit pas simplement d’une reprise, mais d’un véritable projet de relance », annonce Denis Renty, directeur du groupe. Taproom, visites immersives, développement vers la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, et deux bières en édition limitée baptisées « Cuvée Renaissance » : le programme est costaud et l’enthousiasme, communicatif.

Meilleure garantie de continuité : Damien Delneste, maître-brasseur maison depuis plus de vingt ans, reste aux cuves. C’est lui qui a imaginé les célèbres bières sans gluten qui ont fait rayonner Brunehaut bien au-delà des frontières belges.

Le Hainaut résiste, le Hainaut innove

Val de Sambre nous rappelle qu’un héritage sans renouveau finit par s’essouffler. Brunehaut nous prouve que tradition et innovation ne sont pas ennemies — elles partagent juste la même cuve. Et quelque part entre les ruines de l’abbaye d’Aulne et les cuves de Brunehaut, la bière hennuyère prépare tranquillement sa prochaine tournée. Avec, on l’espère, une ADA fraîche au bout du chemin pour le prochain cyclo-touriste qui posera son vélo dans la vallée de la Sambre.

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