Il y a des projets qu’on semble prendre un malin plaisir à démolir. Depuis son installation à la Bourse de Bruxelles, le Belgian Beer World collectionne les articles à charge, et le dernier en date lui reproche cette fois ses approximations historiques. L’historien néerlandais Roel Mulder, la plume derrière le site Lost Beers, a passé le parcours au peigne fin et pointé plusieurs anecdotes qui ne résisteraient pas à l’analyse. Je l’ai lu, attentivement. Et pour une fois, c’est moins le musée que l’acharnement autour de lui qui me laisse songeuse.
Plusieurs panneaux sur la sellette
Quels sont les crimes reprochés ? Entre autres, cette vieille idée selon laquelle, au Moyen Âge, la bière aurait remplacé l’eau jugée trop dangereuse. Ou encore, le fameux lien entre les brasseuses et l’imagerie des sorcières : le balai accroché à la porte, le chaudron, le chat qui chasse les souris du grain, le chapeau pointu. Mulder démonte l’affaire, sources à l’appui, et il a sans doute raison sur le fond. Tant mieux, d’ailleurs, qu’un passionné veille au grain et rappelle que l’histoire de la bière mérite de la rigueur. Mais ce que je remarque est surtout un décalage entre deux façons de communiquer.
À quoi sert un musée comme celui-là ?
Le Belgian Beer World n’a jamais prétendu être une thèse de doctorat (ou la mise en image du blog de Mulder). Il s’inspire ouvertement de la Guinness Storehouse de Dublin et de la Heineken Experience d’Amsterdam, deux des attractions brassicoles les plus visitées au monde. Leur secret n’a rien d’un mystère : elles racontent une émotion, elles donnent envie, elles ouvrent une porte. On ne ressort pas de là avec une bibliographie sous le bras, on en ressort avec l’envie d’aller pousser celle d’un vrai bar à bières. C’est précisément le rôle de ce genre d’endroit : servir de sas, de première gorgée, avant que la curiosité fasse le reste. Et pour ça il faut décomposer des concepts complexes pour qu’ils soient compris par tous, dans un cadre particulier (un musée en l’occurrence, où l’on déambule, on a chaud, il y a des gens, et on ne peut pas s’assoir). Le but ici c’est de marquer l’esprit par des images, certainement pas de faire un cours magistral.



Un patrimoine qui mérite mieux qu’un procès en virgules
En juin dernier j’ai visité le musée pour la première fois et je l’ai trouvé à hauteur de mes espérances.
Le côté pédagogique qui a parfois déçu certains visiteurs est le but même de l’expérience (sinon pourquoi visiter un musée ?). Le but c’est d’aider le public à repartir avec des notions sur la bière et lui faire comprendre l’importance de sa place dans un pays comme la Belgique. Parce qu’au fond, de quoi parle-t-on ? D’un pays qui abrite l’une des cultures brassicoles les plus riches de la planète, au point d’être reconnue au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2016.
D’un projet qui a choisi de célébrer cette richesse dans un cadre magnifique, la Bourse rénovée, avec une scénographie ludique pensée autant pour le grand public que pour le voisin qui n’a jamais dépassé la pils du supermarché. Monter un tel lieu, c’est un pari, un investissement, des équipes qui y ont cru. Et l’accueil qu’on lui réserve, trop souvent, se résume à compter les coquilles.
Je ne dis pas qu’il faut se moquer de l’exactitude, au contraire. Appelons même Roel Mulder en consultant s’il le faut. Mais gardons le sens des proportions. On peut relever des erreurs sans donner l’impression de vouloir enterrer l’intention qui porte le projet.
Et surtout, relativisons. En faisant un tour sur Google Avis vous remarquerez que toutes les attractions ont leurs « haters » la Tour Eiffel ? « Trop de marches ! », la Dune du Pyla ? « c’est juste un tas de sable », alors n’en déplaise aux beer geeks ronchons, allez visiter le Belgian Beer World le cœur léger, vous y passerez un très bon moment !