Rodenbach peut ajouter un beau titre à son palmarès. La Commission européenne a reconnu début octobre officiellement la « bière rouge-brune de Flandre » (Vlaams roodbruin bier, ou Flanders Red Ale) comme Indication géographique protégée (IGP). Une nouvelle de taille pour un style qui, en dehors de la Flandre-Occidentale, demande parfois encore quelques explications.
Une bière qui prend son temps
Les rouges-brunes sont issues d’une tradition belge singulière, élaborées selon un procédé de fermentation mixte et de maturation sur bois. Après la fermentation primaire, la bière passe en tout ou en partie dans de grands tonneaux de chêne dressés à la verticale, les foudres. Elle y prend le temps de poursuivre son évolution.
Différents micro-organismes, dont des levures et des bactéries lactiques, y jouent leur rôle. Le résultat donne ce profil bien connu : fruité, complexe et doucement acidulé. La bière maturée est parfois ensuite assemblée avec une bière plus jeune pour atteindre l’équilibre recherché.
Pour obtenir la reconnaissance européenne, il a en outre été établi que l’ensemble du processus (brassage, maturation en foudres et assemblage) doit se dérouler dans la zone géographique délimitée. Celle-ci couvre les arrondissements ouest-flamands de Roulers (Roeselare), Tielt et Courtrai (Kortrijk), ainsi que les communes de Kortemark et Ichtegem.
Le sud-ouest de la Flandre, berceau de la rouge-brune
Rodenbach est l’une des représentantes les plus connues du style, mais la brasserie de la Spanjestraat existe depuis 1821 et dispose d’un impressionnant parc de foudres en bois, dont certains ont plus d’un siècle. Rodenbach est devenue en quelque sorte la vitrine internationale de la tradition rouge-brune flamande. Mais tout ne tourne pas autour de Rodenbach.
La reconnaissance va délibérément au-delà d’une seule brasserie ou d’une seule marque. Elle porte sur un produit qui, selon la Commission européenne, présente un lien clair avec la région, son histoire et le savoir-faire de ses brasseurs. Une histoire et un savoir-faire qui remontent loin : le dossier de candidature cite déjà une description de bière rouge-brune de la région datant de 1851. La tradition elle-même serait encore bien plus ancienne.
Pas une bière fruitée, même si le fruit est permis
Petite précision savoureuse : le cahier des charges officiel autorise aussi l’ajout de fruits rouges. Griottes, framboises, mûres, myrtilles, groseilles, fraises, canneberges et cassis font partie des possibilités.
Cela ne veut évidemment pas dire que toute rouge-brune de Flandre est une bière fruitée. Le style est naturellement « fruité », mais fruits et épices restent facultatifs. L’essentiel est ailleurs : dans la fermentation mixte et surtout dans la maturation partielle ou totale en foudres de chêne.
La distinction compte, car parler de rouge-brune de Flandre, c’est parler d’une tradition qui s’incarne aussi bien dans une Rodenbach classique, doucement acidulée, que dans des variantes plus franchement fruitées.
De bière régionale à patrimoine européen
Avec l’IGP, l’appellation « Vlaams roodbruin bier, ou Flanders Red Ale » est désormais officiellement liée à la zone de production et au cahier des charges définis. Le style bénéficie ainsi de la même protection européenne que, par exemple, la tarte au maton de Grammont, le fromage de Herve ou la vlaai limbourgeoise. La Belgique compte aujourd’hui vingt indications géographiques protégées.
Roulers, capitale de la bière
Le timing ne pouvait pas mieux tomber. Fin de ce mois, le Brussels Beer Challenge pose ses valises à Roulers. Du 27 au 30 octobre, la ville servira de décor international à la quinzième édition du concours. Une compétition brassicole qui s’installe précisément dans la ville de Rodenbach, au moment même où la tradition rouge-brune flamande obtient la protection européenne : parfois, le calendrier fait bien les choses.
C’est peut-être donc le moment de regarder à nouveau la rouge-brune comme une bière d’ici. Non pas parce qu’elle est soudain protégée par l’Europe, mais parce qu’elle a toujours été quelque chose d’assez exceptionnel.
Simplement, on ne savait peut-être pas toujours l’apprécier à sa juste valeur.