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Brussels Beer Challenge : le miroir des tendances brassicoles!

Le monde de la bière change. Et quiconque en douterait encore n’a qu’à jeter un œil aux inscriptions du Brussels Beer Challenge 2026. La lager fait un retour en force, la tripel belge classique perd du terrain et de nouveaux pays brassicoles revendiquent leur place avec de plus en plus d’aplomb. Les bières sans alcool, elles, poursuivent leur marche ascendante.

La quinzième édition du Brussels Beer Challenge se tiendra du 27 au 30 octobre à Roulers. Avec 1 745 bières issues de 49 pays et de 420 brasseries, le concours international attire une nouvelle fois davantage de participants. Le nombre de bières inscrites progresse de 2,6 % par rapport à l’an dernier, et celui des brasseries participantes de près de 9 %.

Après quelques années de stagnation, la nouvelle est réjouissante. Mais ce que ces 1 745 bières disent de la direction prise par le monde brassicole international est au moins aussi intéressant.

The Return of the Lager

À ne regarder, ces dernières années, que l’engouement pour les IPA, les pastry stouts et autres styles expérimentaux, on en oublierait presque que la majeure partie de la planète boit toujours de la lager. Et celle-ci se rappelle à notre bon souvenir.

Le nombre de lagers inscrites passe de 227 à 302, soit une hausse de 33 %. La pils internationale se porte particulièrement bien, avec 55 inscriptions contre 34 l’an dernier. Les pils de style allemand et italien gagnent elles aussi du terrain, tout comme les lagers légères.

C’est sans doute moins spectaculaire qu’une bière à trois fruits, deux essences de bois et un degré d’alcool à rendre jaloux un porto honnête. Mais brasser une bonne pils reste une discipline redoutablement exigeante. Dans une bière sans ajouts marqués, il n’y a tout simplement pas grand-chose à cacher.

Ce regain d’intérêt pour la lager s’inscrit dans une évolution plus large. Les brasseries semblent à nouveau accorder davantage d’attention à l’accessibilité, à la buvabilité et à l’équilibre. Une bière n’a pas besoin d’être une explosion de saveurs pour impressionner.

La tripel face à la concurrence

Du côté des styles forts traditionnels aussi, les lignes bougent. La tripel belge compte cette année 57 inscriptions, contre 82 en 2025, soit un recul de plus de 30 %. Les blondes fortes reculent également, de 42 à 30.

Cela ne signifie évidemment pas que la tripel soit à l’agonie. Avec 57 inscriptions, elle reste, à égalité avec la New England IPA, le style le plus représenté du concours. Mais sa domination, qui allait longtemps de soi, est désormais sous pression.

Le degré d’alcool moyen des bières inscrites baisse lui aussi, de 6,2 % en 2025 à 5,8 % cette année. Le nombre de bières titrant 8 % ou plus passe de 363 à 317.

Voilà des chiffres parlants pour un secteur où les brasseurs ont longtemps cherché à impressionner à coups de degrés toujours plus élevés et de saveurs toujours plus intenses. L’époque où plus fort semblait automatiquement meilleur cède peu à peu la place à une autre approche.

La Chine, le Brésil et le reste du monde

Le Brussels Beer Challenge est par ailleurs de plus en plus international. Avec 49 pays participants, il établit un nouveau record. Le précédent remontait à 2018, avec 45 pays représentés.

Avec 377 bières, la Belgique reste le premier pays participant. Mais la Chine suit désormais avec 204 inscriptions, devant l’Italie (194), les États-Unis (154) et les Pays-Bas (152).

La percée chinoise est particulièrement frappante. Le pays présente 24 bières de plus que l’an dernier et confirme sa présence croissante sur la scène brassicole internationale. Qui associe encore la Chine aux seuls grands volumes de lager industrielle a manifestement raté quelques chapitres de l’histoire récente de la bière.

Le Brésil progresse lui aussi nettement, avec 35 inscriptions supplémentaires. L’Espagne triple sa participation et présente 26 bières de plus qu’en 2025. L’intérêt grandit également au Mexique, en Colombie et dans d’autres pays d’Amérique latine.

Au total, les Amériques représentent désormais 20 % des bières inscrites, contre 16,5 % l’an dernier. L’Europe reste de loin le premier continent avec 65 %, mais sa part relative diminue.

Le Brussels Beer Challenge demeure donc solidement ancré en Europe, tandis que le terrain de jeu international ne cesse de s’élargir. Des pays brassicoles qui figuraient à peine sur la carte il y a vingt ans envoient aujourd’hui des bières capables de se mesurer aux valeurs établies.

La bière aux fruits change de visage

Chez les bières aux fruits aussi, les accents se déplacent. Au total, 93 bières aux fruits sont en lice, contre 91 l’an dernier. À première vue, rien de bien neuf. Mais derrière cette stabilité se cache une évolution remarquable.

Les bières aux fruits classiques passent de 64 à 46 inscriptions. Les bières fortes aux fruits rouges tombent de 15 à 9, et les lambics aux fruits traditionnels de 12 à 7. Dans le même temps apparaissent de nouvelles interprétations, dont des bières aux fruits sans alcool ou à faible teneur en alcool.

Parmi les nouveautés intéressantes figure la Catharina Sour, un style acidulé et fruité né au Brésil. Elle dispose cette année pour la première fois de sa propre catégorie et compte d’emblée sept inscriptions, venues d’Amérique du Nord et du Sud ainsi que de Chine.

Avec 31 bières, la Belgique reste le premier pays en matière de bières aux fruits. Les États-Unis, la France, la Chine et l’Italie sont toutefois bien représentés.

Côté fruits, les agrumes arrivent en tête, suivis des cerises, des framboises, du fruit de la passion et du raisin. La kriek belge classique se trouve donc de plus en plus de compagnie internationale.

Le sans alcool poursuit sa croissance

Autre tendance nette : l’essor des bières sans alcool et à faible teneur en alcool. Ensemble, elles totalisent 151 inscriptions, soit une hausse de 72 % par rapport à 2025.

Pour la première fois, ces bières disposent au sein du Brussels Beer Challenge de leur propre famille de catégories : NABLAB, pour No- and Low-Alcohol Beers. On y trouve notamment des IPA sans alcool, des bières aux fruits et des bières à très faible teneur en alcool. Cette croissance confirme que de plus en plus de brasseries prennent ce segment au sérieux. Reste à savoir si le verre est toujours à la hauteur des ambitions, et c’est au jury qu’il reviendra d’en juger.

Que nous disent ces chiffres ?

Il faut évidemment rester prudent. Le Brussels Beer Challenge est un concours international, pas un reflet exhaustif du marché mondial de la bière. Les inscriptions sont libres. Les tendances observées dépendent donc des brasseries participantes, de leurs ambitions à l’export et des catégories proposées. Mais certaines évolutions sont difficiles à ignorer.

La lager regagne du terrain, la tripel doit partager l’affiche, le sans-alcool s’invite à table et la carte brassicole s’étend désormais de la Chine au Brésil. Rien de révolutionnaire, peut-être, mais un mouvement de fond : la bière ne cherche plus forcément à frapper plus fort, elle cherche à parler à plus de monde. Les jurés auront rendu leur copie à Roulers, mais le verdict, lui, tombera le lundi 16 novembre à 10 heures, en présence des brasseurs, dans le cadre du salon Horeca Expo à Gand. D’ici là, les tendances sont déjà servies. Il ne reste qu’à les déguster.

Brussels Beer Challenge
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