Qui pense que la drêche de brasserie n’est bonne que comme aliment pour le bétail ferait peut-être bien de revoir sa position sous peu. Depuis des années déjà, le principal résidu du processus de brassage trouve une seconde vie à la ferme. Et soyons honnêtes : c’est en soi un magnifique exemple d’économie circulaire. Mieux encore, ce petit supplément semble faire en sorte que les animaux rejettent un peu moins de gaz à effet de serre. Mais que se passerait-il si la drêche valait, au fond, bien davantage ?
C’est précisément la question que s’est posée un groupe d’étudiants de l’Université de Canterbury, en Nouvelle-Zélande. Leur projet, baptisé NanoBrew, explore comment transformer la drêche en nanocellulose : un matériau ultrarésistant, léger et entièrement naturel, qui trouve déjà aujourd’hui des applications dans les emballages biodégradables, les cosmétiques, les pansements et même certains composants électroniques. Le marché mondial de la nanocellulose se chiffre désormais en milliards d’euros.
Cela paraît hautement technique, mais le principe est étonnamment simple. À l’aide d’enzymes, on libère les fibres contenues dans la drêche, avant de les transformer en un biomatériau de haute qualité. Rien de la science-fiction, donc, mais une manière astucieuse de faire d’un flux résiduel une matière première précieuse.
Les brasseurs pensent circulaire depuis des années
À vrai dire, cela s’inscrit parfaitement dans l’évolution que connaît le monde brassicole depuis longtemps. La consommation d’eau recule, l’énergie est utilisée de façon toujours plus efficace, le CO₂ est récupéré, la chaleur résiduelle reçoit une seconde vie, et la drêche ne finit plus depuis belle lurette sur le tas de déchets. Au contraire. Dans la plupart des brasseries, elle prend le chemin des exploitations agricoles, où elle sert d’aliment nourrissant pour le bétail.
Ce système fonctionne à merveille. Mais, comme souvent avec l’innovation, la quête ne s’arrête pas là. Pourquoi une matière aussi riche en fibres et en cellulose n’aurait-elle qu’une seule destination ?
Le déchet se valorise
Si NanoBrew parvenait à rendre le procédé rentable à l’échelle industrielle, la drêche pourrait soudain acquérir une tout autre valeur économique. Non plus un résidu qu’il faut évacuer, mais une matière première pour des secteurs qui, aujourd’hui, n’ont pratiquement rien à voir avec la bière.
C’est justement ce qui rend ce genre de projets si passionnant. Ils montrent que la brasserie de demain ne produira peut-être pas seulement de la bière, mais aussi des matériaux pour les industries de l’emballage, de la médecine ou de la cosmétique. Voilà l’économie circulaire à son meilleur : ce que l’on considère aujourd’hui comme un déchet peut devenir demain la base d’un produit entièrement nouveau.
Bien sûr, la recherche n’en est qu’à ses balbutiements, et le chemin reste long avant que la drêche ne soit massivement convertie en matériaux de haute technologie. Mais toute grande innovation commence un jour comme une idée folle au fond d’un labo. Avouez-le : une pipeline de bière sous la ville de Bruges comme l’a imaginé la brasserie Halve Maan il y a plus de 10 ans, ça sonnait aussi, plutôt absurde à l’époque.
Un avenir avec moins de vaches ?
Une dernière réflexion, peut-être. Aujourd’hui, une grande partie de la drêche trouve un débouché utile comme aliment pour le bétail. Mais si notre alimentation continue d’évoluer au cours des prochaines décennies et que l’on élève effectivement moins de bovins, ce débouché-là changera lui aussi. Raison de plus pour se réjouir que des chercheurs réfléchissent dès aujourd’hui à des alternatives.