La semaine dernière, je vous parlais dans cet article des termes à « traduire » dans le nom de vos bières, ces mots qui vous aiguillent sur ce qui va finir dans votre verre. Aujourd’hui, on passe à la vitesse supérieure : les acronymes. Ces petites suites de lettres qui nous laissent parfois interloqués, alors qu’elles cachent souvent des informations précieuses, à condition de savoir les lire.
Tour d’horizon des sigles de la bière à maîtriser pour ne plus jamais être largué face à une étiquette ou à un descriptif.
Les trois sigles qui donnent les chiffres : ABV, IBU, EBC/SRM
Commençons par le plus courant. L’ABV, pour Alcohol by Volume, c’est tout simplement le degré d’alcool, exprimé en pourcentage du volume. Un ABV de 5 % signifie que 5 % du liquide est de l’alcool pur. C’est l’indicateur roi, celui qui vous dit si vous tenez une bière légère ou un breuvage de méditation. Contrairement au style, il est d’ailleurs obligatoire sur l’étiquette dans l’Union européenne.
L’IBU, ou International Bitterness Unit, mesure l’amertume, plus précisément la concentration en composés amers issus du houblon. Quelques repères : une blonde légère tourne autour de 5 à 20 IBU, une IPA entre 40 et 60, et une Double IPA peut grimper de 60 à 120. Un piège, toutefois : l’IBU mesure l’amertume théorique, pas l’amertume perçue. Une bière très maltée à 80 IBU peut sembler moins amère qu’une bière sèche à 50, parce que le sucre masque l’amertume. À lire comme une indication, jamais comme une vérité absolue.
Voici un duo qui parle de couleur. L’EBC (European Brewery Convention) et son équivalent américain le SRM (Standard Reference Method) mesurent tous deux la teinte de la bière, du jaune paille au noir le plus profond. Plus le chiffre est élevé, plus la bière est foncée : une blonde très pâle affiche un SRM autour de 2 ou 3, là où un stout dépasse 40. Les deux échelles disent la même chose dans deux langues ; pour passer de l’une à l’autre, retenez qu’un EBC vaut à peu près deux fois le SRM (EBC ≈ SRM × 1,97).
Les sigles de style: IS, RIS
Ces signes sont souvent utilisés à l’oral, et désignent des styles parmi les plus chargés en alcool et en densité aromatique. IS, c’est l’Imperial Stout : un stout poussé dans ses retranchements, dense, noir, généreux en alcool. RIS ajoute une lettre et tout un pan d’histoire : Russian Imperial Stout. Le style est né à Londres au XVIIIᵉ siècle, quand des brasseurs anglais expédiaient ces stouts très costauds jusqu’à la cour impériale russe. Déguster une « RIS » c’est aujourd’hui la promesse d’une bière puissante, souvent entre 8 et 12 % d’alcool, aux notes de café, de chocolat noir et de fruits secs.
Les sigles de procédé : DDH, BA, SMaSH
DDH signifie Double Dry Hopping, soit un double houblonnage à cru. Le houblonnage à cru, c’est l’ajout de houblon à froid, après l’ébullition, pour parfumer la bière sans ajouter d’amertume (un peu comme un thé qu’on infuse à froid). Le faire « en double », c’est charger encore davantage l’arôme. Vous verrez surtout ce sigle sur les NEIPA, ces IPA troubles et juteuses qui misent tout sur l’explosion aromatique.
BA, pour Barrel Aged, désigne une bière vieillie en fût de bois, souvent d’anciens fûts de bourbon, de whisky ou de vin. Elle en ressort chargée de vanille, de notes boisées et d’une chaleur d’alcool arrondie par le temps. Deux lettres qui annoncent presque toujours une bière de garde, forte et complexe, à déguster comme un digestif.
Enfin, SMaSH, pour Single Malt and Single Hop : une bière brassée avec un seul malt et un seul houblon. L’idée est pédagogique autant que gourmande. En isolant un unique malt et un unique houblon, on goûte exactement ce que chaque ingrédient apporte au verre. C’est la bière « leçon de dégustation », parfaite pour entraîner son palais à reconnaître les saveurs une à une.
Alors, prêts à lire une étiquette presque les yeux fermés ?
Vous voilà armés pour affronter à peu près n’importe quelle étiquette. Les trois premiers sigles (ABV, IBU, EBC/SRM) sont vos instruments de mesure : ils chiffrent la force, l’amertume et la couleur. Les autres racontent une histoire, celle d’un style ou d’une méthode de fabrication. Mis bout à bout, ils transforment une suite de lettres énigmatiques en une petite fiche technique, lisible d’un coup d’œil.