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Vieille gueuze ou lambic : quelle est la différence ?

Ils viennent de la même région, partagent le même ADN et possèdent tous deux un caractère bien affirmé. Pourtant, le lambic et la vieille gueuze sont deux bières différentes. Le premier mûrit tranquillement dans des fûts en bois, tandis que la seconde connaît une nouvelle vie en bouteille après l’assemblage de plusieurs lambics. Et non, la vieille gueuze n’est pas simplement du lambic auquel on aurait ajouté un peu de gaz carbonique.

Il existe peu de régions brassicoles où règne autant de confusion sur ce qui se trouve exactement dans le verre que dans le Pajottenland et la vallée de la Senne. Lambic, gueuze, vieille gueuze, kriek, vieille kriek… Pour ceux qui ne baignent pas quotidiennement dans cet univers, on pourrait presque croire que les brasseurs se sont donné pour mission de compliquer au maximum la vie du consommateur. Pourtant, la différence entre lambic et vieille gueuze est assez simple. Du moins, lorsqu’on en comprend les bases.

Le lambic est la bière d’origine, le point de départ de toute la famille. La vieille gueuze naît de l’assemblage de lambics d’âges différents, suivi d’une nouvelle fermentation en bouteille. Cela paraît simple. Mais derrière ces quelques mots se cache l’une des traditions brassicoles les plus remarquables au monde.

LE LAMBIC : LA BIÈRE À L’ORIGINE DE TOUT

Pour comprendre la différence, il faut d’abord pousser la porte d’une brasserie de lambic. Le brassage y est sensiblement différent de celui d’une brasserie classique. Le mélange de céréales se compose traditionnellement d’orge maltée et d’une proportion importante de froment non malté. Pendant l’ébullition, on ajoute du houblon ancien, fortement vieilli. Non pas pour obtenir un arôme houblonné prononcé, mais surtout pour ses propriétés conservatrices.

Et c’est là que les choses deviennent particulièrement intéressantes. Après l’ébullition, le moût chaud est transféré dans un refroidissoir. Il s’agit d’un grand bac peu profond dans lequel le moût refroidit lentement. Durant ce refroidissement, il entre en contact avec les micro-organismes présents dans l’environnement. Levures et bactéries déclenchent ensuite une fermentation spontanée complexe.

On n’ajoute donc pas de levure brassicole soigneusement sélectionnée, comme c’est le cas pour la plupart des autres bières. Le lambic est ensuite transféré dans des fûts en bois, où la fermentation et la maturation se poursuivent pendant des mois, voire des années.

Le résultat est une bière assez différente de ce à quoi le consommateur moyen est habitué. Le lambic est généralement très peu pétillant. Traditionnellement servi directement du fût, il présente peu ou pas de mousse. Son goût est sec, acidulé et souvent particulièrement complexe, avec des arômes pouvant évoquer la pomme verte, les agrumes, le bois, le foin ou de légères notes terreuses.

Celui qui goûte un lambic pour la première fois en s’attendant à une bière bien mousseuse risque d’être surpris. Mais cette absence de gaz carbonique n’est pas un défaut. Elle fait partie de son identité.

LA VIEILLE GUEUZE : L’ART DE L’ASSEMBLAGE

C’est alors qu’entre en scène le coupeur de gueuze. Sa mission est différente de celle du brasseur qui laisse mûrir son lambic en fût. Il doit sélectionner et assembler plusieurs lambics pour obtenir un ensemble équilibré.

Car deux fûts de lambic ne sont jamais parfaitement identiques. L’un contient un lambic jeune, qui possède encore suffisamment de matières fermentescibles. Un autre a mûri pendant plusieurs années et développé un caractère aromatique beaucoup plus complexe. Même deux fûts provenant de la même brasserie et du même brassin peuvent évoluer différemment au fil du temps. C’est précisément là que commence le savoir-faire.

Pour élaborer une vieille gueuze, on assemble des lambics d’âges différents. Le jeune lambic permet notamment la poursuite de la fermentation, tandis que le lambic plus âgé apporte complexité, structure et arômes de maturation.

Le coupeur de gueuze recherche un équilibre entre ces différentes caractéristiques. C’est un peu comme un chef d’orchestre qui réunit plusieurs instruments. Chacun peut être magnifique individuellement, mais c’est lorsque tous jouent ensemble que naît l’harmonie recherchée. Et pourtant, le travail n’est pas encore terminé.

C’EST LA BOUTEILLE QUI FAIT LA DIFFÉRENCE

L’assemblage est mis en bouteille et subit une nouvelle fermentation. Les micro-organismes encore présents transforment les matières fermentescibles résiduelles, produisant notamment du gaz carbonique.

Alors que le lambic traditionnel est généralement plat, la vieille gueuze possède une effervescence vive et une mousse bien présente. La bière bénéficie également d’un temps supplémentaire pour poursuivre son évolution en bouteille.

Ce processus ne se limite pas à produire des bulles. La refermentation et la maturation qui suivent influencent également les arômes, le goût et la sensation en bouche. Un assemblage de lambics fraîchement réalisé n’est donc pas encore une vieille gueuze. Cette seconde fermentation en bouteille est essentielle.

On pourrait, dans une certaine mesure, comparer cette différence à celle qui existe entre un vin tranquille et un vin effervescent. À ceci près que la vieille gueuze suit une tradition belge séculaire qui lui est propre.

JEUNE ET VIEUX : BIEN PLUS QU’UNE QUESTION D’ÂGE

Les termes jeune et vieux méritent quelques précisions. Un jeune lambic n’est pas nécessairement inférieur ou plus simple. Il se trouve simplement à un autre stade de son évolution. Il peut encore présenter une activité fermentaire importante et possède souvent un profil aromatique différent de celui d’un lambic ayant passé plusieurs années en fût.

Un lambic plus âgé a eu davantage de temps pour développer son caractère. L’action des micro-organismes, le contact avec le bois et la maturation prolongée peuvent lui apporter une sécheresse marquée et des arômes plus complexes. Mais plus vieux ne signifie pas automatiquement meilleur.

Un lambic de trois ans n’est pas forcément plus intéressant qu’un lambic de dix-huit mois. Tout dépend du fût, de la fermentation, de la maturation et, finalement, de ce que le coupeur de gueuze souhaite obtenir.

QUE GOÛTE-T-ON DANS LE VERRE ?

La différence devient encore plus évidente lorsqu’on déguste les deux bières côte à côte. Un lambic traditionnel est généralement servi avec très peu de gaz carbonique. Il possède un caractère calme, presque vineux. Son acidité peut être prononcée, mais aussi particulièrement raffinée. Selon son âge, on y découvre des arômes fruités, boisés, terreux ou légèrement oxydatifs.

La vieille gueuze présente généralement davantage de vivacité. L’effervescence apporte une impression de fraîcheur et donne une autre dimension à l’acidité. Le goût est souvent sec, avec des notes d’agrumes, de pomme verte, de fruits mûrs et des arômes issus de la longue fermentation mixte. Des nuances supplémentaires peuvent encore apparaître dans les bouteilles plus anciennes.

Mais n’oublions surtout pas que le lambic comme la vieille gueuze peuvent présenter des profils gustatifs très variés. Certains producteurs recherchent une acidité plus marquée, d’autres privilégient l’élégance, le fruité ou la complexité.

GUEUZE OU VIEILLE GUEUZE ?

Il reste une distinction importante à ne pas oublier. Toutes les gueuzes ne sont pas nécessairement des vieilles gueuzes.

La dénomination « Vieille Gueuze » fait référence à une méthode de production traditionnelle soumise à des conditions spécifiques, notamment en matière de composition, de maturation et de refermentation en bouteille. La dénomination « Gueuze » peut également être utilisée pour des produits élaborés selon une autre méthode. Il est donc important de lire attentivement la dénomination complète figurant sur l’étiquette.

Le mot « vieille » n’est pas une simple référence nostalgique au passé. Il renseigne sur la manière dont la bière a été élaborée.

ET MAINTENANT, QU’EST-CE QU’ON BOIT ?

La meilleure manière de comprendre la différence reste évidemment de déguster les deux bières. Commencez par un lambic traditionnel, de préférence servi directement du fût. Prenez le temps d’en découvrir les arômes et ne vous laissez pas dérouter par l’absence de mousse. Servez ensuite une vieille gueuze.

Vous remarquerez comment l’effervescence transforme l’expérience gustative. L’acidité prend une autre dimension, les arômes se libèrent différemment et la bière paraît plus vive. L’expérience devient encore plus intéressante lorsqu’on peut déguster séparément un jeune et un vieux lambic, puis une vieille gueuze du même producteur.

DEUX BIÈRES, UNE TRADITION EXCEPTIONNELLE

Le lambic et la vieille gueuze ne sont pas des concurrents. Ils représentent deux expressions d’une même culture brassicole.

Le premier révèle le caractère d’une bière de fermentation spontanée qui a mûri pendant des mois ou des années dans des fûts en bois. La seconde montre ce qui se produit lorsqu’un coupeur de gueuze expérimenté réunit différents lambics et offre à cet assemblage une nouvelle vie en bouteille.

Aucune de ces deux bières n’est meilleure que l’autre. Elles racontent simplement deux chapitres d’une même histoire.

Plus d’informations : https://horal.be

Photos © Bart Van der Perre

Koelschip
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